C’est un choc des cultures. Le mouvement activiste américain Sleeping Giants fait face à une véritable fronde depuis qu’il a débarqué en France il y a bientôt deux ans. Les méthodes et la finalité même de l’action de ce militantisme 2.0 sont largement contestées par les Gaulois réfractaires, au nom de la liberté d’expression et de la pluralité d’opinion. Un contre-mouvement, Les Corsaires, a même vu le jour pour dénoncer la « censure » et constituer « une armada pour mettre un terme à leurs agissements ».

Sleeping Giants contre Corsaires. Les semaines et les mois à venir devraient être animés du côté de Twitter, champ de bataille annoncé de ce duel numérique épique. L’objet de cet affrontement à coups de hashtags, de mentions et de retweets ? Tarir les revenus publicitaires de médias qualifiés d’extrême-droite pour les uns ; défendre la liberté d’expression et le pluralisme médiatique en France pour les autres. Comme l’assurent les Corsaires de France sur leur site Web, il n’y aura « pas de quartier ».

Difficile de dire avec précision qui sont réellement les Sleeping Giants et les Corsaires, ni même combien de combattants ils comptent dans leurs rangs respectifs, tant les nouvelles formes de mobilisation activiste (et contre-activiste) sont fluides et mouvantes.

Une chose est sûre. Les premières escarmouches entre pro et anti Sleeping Giants ont déjà offert le spectacle d’une jolie foire d’empoigne autour d’un certain nombre de questions : qu’est-ce que l’extrême-droite ? qui définit quel média mérite d’être censuré publicitairement ? qu’est-ce qu’une démocratie à l’ère des chaînes d’information continue et des réseaux sociaux ?

Les réponses à toutes ces questions sont largement ambiguës, ce qui explique la vague de résistance constatée en France face à l’activisme des Sleeping Giants, dont le mode opératoire consiste à dénoncer les marques faisant de la publicité sur certains médias identifiés à droite (CNews et Valeurs Actuelles notamment) pour les pousser à les boycotter.

Une vague de résistance qui dépasse d’ailleurs les clivages partisans, puisque des représentants politiques de la majorité présidentielle, de la gauche et de l’extrême-gauche, se sont également inquiétés d’un militantisme basé sur la délation et la censure.

C’est dans ce contexte qu’a émergé la flotte des Corsaires, qui se veulent une réponse française à un mouvement mondialisé qui ne prend pas forcément en compte le rapport épidermique que les Français entretiennent avec la liberté. Au pays de Voltaire, son fameux « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire », résonne comme une deuxième devise.

Les Sleeping Giants sont de toute évidence de bonne foi. Ils pensent sincèrement que c’est en censurant des médias dont la ligne éditoriale les dérange qu’ils parviendront à éradiquer les idées qu’ils combattent. Mais ils se trompent. La censure n’est jamais la solution.

C’est un nouveau problème que l’on crée et dont on perd vite le contrôle. Aujourd’hui ce sont les médias d’extrême-droite qui sont visés, demain ce seront inéluctablement ceux qui contestent le libéralisme, ou les géants du Web, ou mille autres sujets.La liberté ne se mégote pas. Tel est le cœur du combat qui oppose les Sleeping Giants aux Corsaires, et à tous ceux qui, en France, sont prêts à se battre pour défendre la liberté d’expression, surtout celle de ceux avec lesquels ils ne sont pas d’accord. 

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